Le Paysan Tarnais 15 septembre 2016 à 08h00 | Par A. Renault

La filière Stevia française a de l'avenir mais doit encore se structurer

L'Epi Salvagnacois s'est engagé, aux côtés de plusieurs partenaires, dans un projet de développement d'une filière française tracée de Stevia en 2011. Bilan après 5 années de travail.

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Les différents stades de la stevia : en végétation, en graines pour terminer par l'enrobage.
Les différents stades de la stevia : en végétation, en graines pour terminer par l'enrobage. - © Le Paysan Tarnais

La Sica L'Epi Salvagnacois a lancé, en 2010, un projet appelé Stevianov, avec plusieurs autres entreprises ou organismes partenaires, pour travailler sur le développement d'une filière agricole française de production de Stevia rebaudiana Bertoni, une plante d'origine sud américaine, dont on extrait un édulcorant intense.

Aux côtés de l'Epi Salvagnacois, on trouve l'entreprise Stevia Natura, basée à Riom et spécialisée dans la production et la commercialisation des produits issus de cette plante. Elle est à l'origine de la première, et seule unité de production d'extraits de Stevia en Europe. Autres partenaires, le laboratoire de chimie agro-industrielle (LCA), l'école d'ingénieur de Purpan et l'entreprise La Patelière, une PME spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de produits d'aide à la pâtisserie. Le projet de recherche Stevianov a été labellisé par Agri Sud-Ouest Innovation, le pôle de compétitivité, en novembre 2010. Après cinq années de travail et de recherche sur toutes les étapes de la filière, de la production à la commercialisation, Stevianov touche à sa fin sous sa forme actuelle. Mais pour autant, le projet de développement d'une filière française tracée de production de Stevia ne s'arrête pas. «Au contraire, on continue à progresser, sur de nombreux points. On est parti de zéro et l'évolution est vraiment énorme en cinq ans. On ne peut qu'avancer, on ne peut pas régresser» explique Charlotte Sohy, chargée du projet au sein de l'Epi Salvagnacois. A l'occasion de la fin du programme de recherche, la Sica tarnaise avait invité les agriculteurs de stevia, et ses partenaires, mais aussi des techniciens d'organismes agricoles, à venir voir les installations en place sur le site de Dourdoul à Salvagnac, mais aussi à se déplacer sur une parcelle de Stevia en bordure de D999.

Quels objectifs ?

Financé dans le cadre du 11ème appel à projets du fonds unique interministériel (FUI), ce projet est soutenu par le Conseil départemental, le Conseil régional, l'Etat et l'Europe. Ses objectifs sont le développement d'activités de mise en place et de promotion d'une filière agricole française, tracée et de qualité, de Stevia. Stevianov avait aussi pour objectif de permettre de constituer une agro-chaîne de valorisation de l'ensemble de la plante en parcourant l'ensemble de la filière, des maillons de l'aval (transformation alimentaire et non alimentaire) vers l'amont (production de la Stevia par la mise en place d'un système de culture mécanisé). Par ailleurs, des méthodes innovantes à faible impact environnemental d'extraction et de purification du glycoside de stéviol obtenu, sont en cours de développement Le projet recher-che également des valorisations innovantes des coproduits de la plante Stevia, après extraction des steviol glycosides dans une logique de " bioraffinerie " de la Stevia.

Et la culture de la plante ?

Dans le département, l'expérimentation a débuté en 2011 avec 500m2 de Stevia en culture, pour atteindre aujourd'hui presque deux hectares. «Nous avons comme objectif l'intégration de la culture dans un itinéraire classique» explique, David Puggia, technicien de l'Epi Salvagnacois. Six agriculteurs tarnais ont aujourd'hui installé des parcelles d'expérimentation. «Nous devons nous adapter entièrement à cette culture, qui est menée un peu comme celle du tabac» précise Denis Beneschi, agriculteur. Les semis ont lieu sous serre dans des bacs d'eau au printemps. La plante bénéficie de l'effet serre et de la présence de l'eau pour se développer. Lorsqu'elle atteint une vingtaine de centimètres, elle est plantée au champ, en mai-juin, à l'aide d'une planteuse à tabac. «Nous essayons de mécaniser les différentes étapes de la culture pour diminuer les coûts de production qui seraient élevés si nous faisions tout à la main, comme c'est le cas dans des pays comme la Chine, mais dont le coût de la main d'oeuvre est sans comparaison.» Les expérimentations ont montré l'importance de l'eau pour assurer l'implantation de la Stevia, qui est, il faut le rappeler une plante pérenne sur 3 à 4 ans. «La récolte optimale a lieu en ce moment, début septembre, avant la floraison. En effet, la molécule sucran-te se concentre dans la feuille mais s'exporte vers la fleur au moment de la floraison.»

Les premières années, la récolte a été testée au sécateur, puis avec une autochargeuse. «On récolte la feuille et la tige. Puis la récolte est placée dans des fours à tabac pour le séchage. Il faut ensuite trier pour séparer les tiges des feuilles, qui sont ensuite transformées par un procédé industriel pour en extraire la molécule.»

La plante est de préférence paillée en hiver (elle est gélive à -5°C). Les parcelles d'expérimentation ont également démontré que la plante n'aimait pas les sols qui retenaient l'eau en hiver.

Quel avenir pour cette culture ?....

 

A. Renault


Une visite de parcelle était organisée juste avant la récolte.
Une visite de parcelle était organisée juste avant la récolte. - © Le Paysan Tarnais


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