Le Paysan Tarnais 11 février 2010 à 17h03 | Par S. Lenoble

La méthanisation à la ferme : encore des freins en Midi-Pyrénées !

La journée technique du 3 février, organisée par GH2O dans le cadre de la semaine de l’eau au lycée d’Albi-Fonlabour, était consacrée à la méthanisation.

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Dans le Tarn, une dizaine de projets sont à l'état de réflexion et seulement deux sont en cours de réalisation.
Dans le Tarn, une dizaine de projets sont à l'état de réflexion et seulement deux sont en cours de réalisation. - © L. Vimond - Réussir

Le secteur agricole acteur incontournable des projets de méthanisation. D'une part, son activité fournit des quantités importantes de matières fermentescibles. D'autres part, le digestat issu de la méthanisation peut-être valorisé sur les parcelles cultivées. Pourtant, les projets peinent à se mettre en place en Midi-Pyrénées. La journée du 3 février a été l'occasion de faire le point sur ce sujet. La plateforme technologique du lycée agricole de Fonlabour, GH2O, organisait en effet, une conférence sur la méthanisation à la ferme.
Pascale Caldéran, conseillère énergie à la chambre d'agriculture du Tarn, a dressé un état des lieux de la méthanisation sur les fermes du département. Une dizaine de projets sont à l'état de réflexion et seulement deux sont en cours de réalisation. Pour elle, les freins à de telles installations en Midi-Pyrénées sont divers. «Déjà, il ya peu de zones en Midi-Pyrénées avec une très forte concentration d'effluents d'élevage. Les problèmes d'épandage sont rares et ne poussent donc pas les exploitants à envisager d'autres solutions de gestion. Ensuite, faire fonctionner une unité de méthanisation demande un niveau de technicité élevé et un temps d'astreinte quotidien parfois difficilement compatible avec le métier d'éleveur. Enfin, pour l'élaboration des projets, les procédures sont souvent lourdes et complexes.»
La réglementation autour des installations de méthanisation à la ferme est en effet assez contraignante. Ceci-dit, elle s'est éclaircie récemment, avec la publication du décret n° 2009-1341 du 29 octobre dernier. Celui-ci modifie la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) (définie par le livre V, titre I, art. L 511-1 du Code de l'environnement) en introduisant les rubriques relatives à la méthanisation. Les installations qui utilisent des sous-produits animaux sont également soumises au respect du Code rural. La note de service DGAL / SDSPA / n°2008-8137 du 16 juin 2008 précise en effet les règles sanitaires applicables à la valorisation des sous produits animaux en tant qu'engrais organiques et amendements et pour la production de biogaz.

Rentable ?
Pascale Caldéran a aussi soulevé la problématique économique. «Avec un niveau d'investissement important, la rentabilité des installations de méthanisation est incertaine. Les voies de valorisation du biogaz sont encore peu développées et peu rémunératrices.» Les plus courantes sont la production de chaleur, dont la valorisation est difficile, et la production d'électricité par cogénération. Mais là encore, les retours sur investissements sont minimes. Avec un tarif moyen de 14 cts d'euros / kWh, l'électricité produite sur les installations françaises est deux fois moins bien valorisée que chez nos voisins germaniques.
D'après Sylvain Doublet de Solagro, ce tarif est prévu pour couvrir les traitements des effluents produits par l'activité de l'exploitation agricole. «Le tarif d'achat de l'électricité produit par cogénération ne permet pas de couvrir les coûts d'implantation et de récolte des cultures énergétiques. Pourtant cet apport de matière organique hautement fermentescible peut être utile pour assurer la nécessaire régularité des apports de matière organique, par exemple, pendant les périodes de pâturage les quantités de fumier et/ou de lisier disponibles sont réduites.»
Enfin, pour terminer sur la rentabilité des installations de méthanisation, autre volet important : les aides. Laure Heim, de la Draaf, est revenue sur les politiques publiques mises en place sur la méthanisation agricole. Au niveau national, le plan de performance énergétique des entreprises agricoles (PPE) a consacré en 2009, un volet à la méthanisation. 83 projets ont été retenus dans ce cadre. Aucun en Midi-Pyrénées. Le ministère de l'agriculture affiche une forte volonté de continuer à soutenir ces projets en 2010 mais les conditions d'intervention ne sont pas encore connues.
Le plan «déchet» et le fonds de chaleur sont deux autres politiques nationales qui peuvent aider financièrement les projets de méthanisation. Le conseil régional Midi-Pyrénées, dans le cadre du contrat de projet Etat-Région 2007 - 2013, accompagne aussi de projets pilotes. Dans son programme opérationnel régional, soutenu par le Fonds européen de développement régional (Feder), un soutien au «développement des énergies renouvelables» est également prévu.

Et pourtant...
Les installations de méthanisation présentent pourtant de multiples intérêts pour les exploitations agricoles. Elles permettent :
- d'améliorer la gestion des effluents (diminution des volumes, diminution des odeurs, diminution des risques de lessivage, ...) ;
- de produire de l'énergie renouvelable et donc de créer des revenus supplémentaires en vendant cette énergie (chaleur, électricité, gaz...) ;
- de réduire les intrants minéraux par une meilleure valeur agronomique du digestat ;
- d'économiser les énergies fossiles et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Si le développement de projets à l'échelle de l'exploitation agricole semble aujourd'hui difficile, les projets collectifs et / ou territoriaux permettent une approche globale souvent plus rentable. Les sources de déchets organiques, en étant plus diversifiées, permettent souvent d'optimiser la production de biogaz. Quant aux débouchés, notamment la valorisation de la chaleur, elle peut se faire plus facilement à l'échelle d'un quartier ou d'une zone d'activité.
C'est de toutes façons sur la valorisation du biogaz que les efforts se portent maintenant, puisque la partie process est opérationnelle. De nombreuses pistes sont à l'étude, notamment sur l'utilisation du biogaz comme carburant ou la production de froid. Mais elles sont toutes encore à l'état de l'expérimentation à l'échelle de l'exploitation agricole. Les discussions en cours sur les tarifs de rachat de l'électricité ou du gaz (réinjecté sur le réseau du gaz naturel) devraient avoir un impact important sur le développement, ou non, de ce procédé de traitement des effluents sur les exploitations agricoles.

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