Le Paysan Tarnais 05 mai 2016 à 08h00 | Par A. Renault

La profession s’interroge sur la place des vins de Gaillac dans la nouvelle région

L’assemblée générale des syndicats AOC Gaillac et IGP Côtes du Tarn s’est déroulée le 28 avril à Brens. Dans un paysage viticole régional modifié par la fusion des régions, la profession viticole tarnaise veut trouver sa place et se différencier.

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Au cœur des préoccupations des syndicats de l’AOC Gaillac et de l’IGP Côtes du Tarn, le positionnement de la filière viticole gaillacoise dans le paysage de la nouvelle région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. «Nous nous retrouvons de facture au cœur de la scène viticole régionale. Petit Poucet au sein de la première région viticole française voire mondiale, mais ambitionnant d’y exprimer tout notre potentiel» expliquent les deux syndicats. Les vins de Gaillac ont beaucoup de d’atouts à faire valoir mais doivent aussi faire des choix capitaux mais difficiles à faire.

En ce qui concerne les bassins de production, la profession a l’assurance du préfet de la nouvelle région qu’ils seront conservés. «Cependant, nous demeurons interrogatifs quant à la persistance, à terme, de ce pilotage territorial de la profession viticole» ajoutent les syndicats AOC et IGP.

De nombreuses questions

Pour les professionnels viticulteurs gaillacois, les questions sur l’avenir au sein de la nouvelle région sont nombreuses. «Devons-nous regarder à l’est du côté de nos nouveaux partenaires languedociens, et composer avec leur vision hégémonique ? L’adhésion à la marque «Sud de France», sans nul doute référence bénéfique à l’export, est-elle un véritable avantage au regard de son image galvaudée car non adossée à des signes officiels de qualité pour le moment ? Ou devons-nous nous tourner vers l’ouest en accueillant au sein de notre bassin actuel des aires viticoles sous influence aquitaine voire girondine ? Qu’adviendra-t-il de notre bannière «Sud-Ouest» dont nous ne sommes que copropriétaire (avec l’Aquitaine) ? Devons-nous renforcer notre IGP de grande région (Comté Tolosan), socle de l’ensemble des productions de notre bassin, ou privilégier une autre voie ?» L’enjeu pour le Gaillacois, c’est de réussir à tirer le meilleur parti de cette nouvelle donne.

Quelles stratégies ?

Le constat, c’est aussi que face à toutes ces incertitudes, la voie à suivre n’est pas tracée. «Nous som-mes convaincus que les prochains mois seront déterminants et que nous devrons jouer collectif au moment de choisir la route à suivre, afin que l’ensemble de notre filière tarnaise puisse trouver sa place tout en se différenciant dans ce nouvel espace.» C’est un véritable tournant que va connaitre la filière vitivinicole tarnaise en 2016. Au final, c’est un ensemble de bouleversements vont impacter la profession au delà de la fusion des régions : baisse drastique des aides régionales et départementales pour le financement de la promotion et communication, redéfinition des missions de l’IVSO, nouveau système de gestion des autorisations de plantation…

Les projets de développement du vignoble sont nombreux et concernent plusieurs domaines. Dans le cadre du suivi aval de la Qualité (en AOC Gaillac Rouge), un contrôle a été effectué fin 2015 sur plusieurs grandes surfaces et distributeurs locaux ; le but de cette dégustation est d’obtenir une vision de la qualité de vins de Gaillac mis sur le marché régional. Il en ressort que certains vins sur le marché ne sont pas au niveau requis de l’AOC, preuve «qu’il faut continuer les efforts sur le contrôle organoleptique des vins».

La commission technique est penchée sur l’intérêt de créer un crémant sur le territoire. Conclusion : la différenciation de la méthode ancestrale est à privilégier car la création d’un crémant risquerait de flouter la communication sur les vins produits sur le vignoble. La commission technique de l’AOC s’est aussi interrogée sur la création d’une marque commerciale collective face à la difficulté de protéger la mention méthode ancestrale au niveau européen. Au final une étude sur le potentiel de production pourrait être menée, notamment en matière de surface mobilisable.

Autre dossier, celui du travail sur le cahier des charges de l’AOC Gaillac rouge, qui a reçu un avis favorable du CRInao. Une commission d’enquête de l’Inao va prochainement examiner le bien-fondé de la demande de la profession. Pour rappel, ces modifications concernent l’intégration du Prunelart en cépage principal, la limitation du tonnage par hectare à 9 tonnes au lieu de 9,5 tonnes, l’intégration de souplesse au niveau des cépages principaux (ne plus fixer de pourcentage minimum pour l’ensemble des cépages principaux, laissant la possibilité d’élaborer du 100% Braucol ou encore du 100 % Duras, la Syrah étant limitée à 80 %), l’engagement parcellaire avec obligation de déclarer au moins 2 des 4 cépages principaux (Prunelart compris), la limitation à 30% l’encépagement et le pourcentage dans l’assemblage des cépages accessoires pour renforcer l’authenticité de nos vins grâce aux cépages auto-chtones.

Enfin, parmi les nombreux chantiers, celui de l’IGP régionale, pour qu’elle soit mieux identifiée et mieux valorisée. Le travail de la récente commission créativité a permis de faire émerger 3 noms : Cocagne, Garonne et Sud-Ouest. Au vu du manque de moyen pour promouvoir l’IGP régionale, la profession tarnaise s’accorde sur la fait que seule l’IGP Sud-Ouest semble pertinente, permettant notamment d’asseoir le bassin sud-ouest sur un socle commun éponyme. Si l’IGP Sud-Ouest voit le jour, un travail sur la redéfinition de son cahier des charges (plus restrictif) doit garantir un profil sensoriel homogène. L’hypothèse d’une ouverture à l’est (Pays d’Oc) n’est pas écartée pour autant. Bref, pour les viticulteurs gaillacois, l’heure des choix a sonné dans de nombreux domaines. Des actions qui méritent «réflexion et expertise, sans laisser place à la précipitation».

A.RENAULT




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L’œnotourisme, un axe principal de communication sur le vignoble

Le projet œnotouristique a été repris en main par la Maison des Vins. Il a été validé par le dernier conseil d’administration de Tourisme de Terroir, «mais beaucoup reste à faire». Un comité de pilotage élargit travaille actuellement à la construction de ce projet. Dans ce cadre, deux voyages d’étude ont été organisés en Provence et en Val de Loire. Dans les deux cas, l’œnotourisme local est porté par la profession vitivinicole mais à leur tête, des structures différentes : Chambre d’agriculture pour la Provence, Interloire pour le Val de Loire. Les autres types de prestataires (hôteliers, restaurateurs) ne sont pas intégrés directement à la démarche à la différence de Tourisme de Terroir dans notre département.

«La volonté de notre filière viticole est d’inscrire l’œnotourisme comme un des axes principaux de communication. Il est donc essentiel de maintenir un travail collaboratif entre les instances touristiques, les prestataires, les vignerons et les structures institutionnelles, dans le but de voir naître un projet plus ambitieux et offrant aux visiteurs une meilleure lisibilité de notre destination.»

Cette démarche fera l’objet d’actions concrètes dont certaines sont prioritaires pour la filière, notamment la refonte de la signalétique des exploitations, ainsi que l’évaluation de la capacité et de la qualité d’accueil des vignerons, avec la mise en place de formations sur le sujet.

A.R.

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