Le Paysan Tarnais 07 décembre 2017 à 08h00 | Par D. Monnery

Pour le président de l'agglomération Castres-Mazamet : «Les villes moyennes doivent être des pôles d’équilibre»

Pascal Bugis, président de la communauté d’agglomération de Castres-Mazamet, et maire de la sous-préfecture du Tarn, plaide pour la disparition des échelons des communes et des départements.

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- © Ville de Castres

L’autoroute Castres- Toulouse, est désormais en bonne voie. L’ouverture en 2022 est-elle tenable ?

Pascal Bugis : «Les choses vont dans le bon sens. Des étapes décisives ont été franchies en 2017 et les collectivités ont bien réagi dans la foulée en validant le financement du programme – même le département de la Haute-Garonne a répondu présent au rendez-vous alors que ce n’était pas gagné. J’en profite d’ailleurs pour saluer la profession agricole qui a toujours participé à un dialogue constructif dans ce dossier, sans jamais procéder à un quelconque blocage. Les filières agro-alimentaires ont d’ailleurs su rappeler leur besoin d’avoir une liaison rapi- de avec Toulouse. Maintenant la balle est dans le camp de l’État. Tout indique que cette autoroute pourra être fonctionnelle entre 2022 et 2024. Mais nous devons rester vigilants et surveiller en permanence ce qui se passe. L’antériorité certaine de ce dossier doit le faire échapper à de nouveaux arbitrages.»

En rapprochant Castres de Toulouse, cette autoroute représente-t-elle une menace pour l’aéroport de Castres-Mazamet ?

Pascal Bugis : «Les sujets ne sont pas vraiment liés. L’aéroport, avec ses trois rotations quotidiennes pour Paris et ses 42 500 passagers dont 60 % pour des voyages d’affaires, est indispensable. L’autoroute n’incitera pas cette clientèle à se rendre à Blagnac qui continue de cumuler quelques handicaps, ne serait-ce que le coût du parking ou la longueur des formalités d’embarquement. L’aéroport de Castres-Mazamet est une plateforme de proximité qui joue son rôle. Après, il est évident que le financement est une toute autre chose. Ces lignes sont fortement subventionnées. Est-ce que les partenaires financiers auront la tentation de se désengager ? C’est une crainte. C’est pourquoi le dossier de l’aéroport reste à surveiller.»

Albi sera bientôt plus proche de Rodez que de Castres, avec une route deux fois deux voies plus sûre. Ça vous interpelle ?

Pascal Bugis : «C’est un comble ! C’est malheureusement le résultat d’une différence de traitement du Département entre ses territoires du nord et ceux du sud, pendant de trop nombreuses années. Castres-Mazamet n’a jamais fait partie des priorités de Thierry Carcenac. J’espère que son successeur, Christophe Ra-mond, se montrera plus ouvert - c’est en tout cas ce que me laisse penser le premier contact que j’ai eu avec lui. La route qui relie Castres à Albi n’est qu’une route de campagne améliorée qui n’est pas digne des trafics qu’elle supporte. Je comprends les difficultés à gérer tous ses kilomètres de route, c’est pourquoi j’aurais bien vu un plan pluriannuel d’aménagements pour cet axe.

Plus le temps passe, plus les problèmes deviennent importants et plus nous faisons prendre des risques aux usagers. Mais je pourrais également parler des Portes du Tarn… Pourquoi aller cristalliser l’activité économique en périphérie de Toulouse alors que le département pouvait capitaliser sur ses deux agglomérations où des structures existent déjà ?»

Justement comment concilier le développement économique avec la préservation des espaces agricoles ?

Pascal Bugis : «C’est une vision globale du développement. Il se consomme autour de Toulouse 1 000 ha de foncier par an, c’est trois fois plus que nos 350 ha pour l’autoroute. Le pire ennemi, c’est le mitage, la dispersion tous azimuts. Il ne faut pas hésiter à renforcer et développer les villes moyennes pour créer des pôles d’équilibre efficaces et peu consommateurs d’espace. Jus-qu’où va aller l’agglomération de Toulouse, avec tous les problè-mes que cela implique en termes de transport, d’habitat, etc. ? On croit que les villes moyennes ne sont plus intéressantes à l’heure de la mondialisation et qu’il faut se concentrer sur les métropoles, or elles peuvent jouer un vrai rôle de pôle d’équilibre.»

Quel serait le périmètre idéal de l’agglomération de Castres, selon vous ?

Pascal Bugis : «Cela dépend des choix d’organisation qui sont faits. Il faut avoir le courage d’abandonner les échelons des communes et des départements. Ce n’est pas un discours politique ou péjoratif à l’encontre de qui que ce soit, c’est une vision issue d’une réflexion et d’un constat. Les répartitions de pouvoir aujourd’hui sont baroques. Les représentants des agglomérations et des intercommunalités doivent être élus au suffrage universel direct car toutes les responsabilités leur sont transférées, or ce sont les maires qui restent en première ligne… C’est totalement ubuesque !»

Propos recueillis par D. MONNERY

Le désormais célèbre marché de Noël de Castres est de retour du 8 au 27 décembre.

Ouvert tous les jours de 10 h à 19 h 30, sauf lundi 25 décembre de 15 h 30 à 19 h 30. Nocturnes jusqu’à 21 h les vendredis 8, 15 et 22 décembre, les samedis 9, 16 et 23 décembre et le dimanche 17 décembre.

 

Retrouvez l'intégralité du dossier consacré à l'agglomération Castres-Mazamet dans l'édition en ligne

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L’ambition de devenir une «Santé Valley»

Forte de 3 000 emplois, la filière santé est très développée dans l’agglomération Castres-Mazamet. Et la e-santé, ou santé numérique qui a recours aux technologies de l’information, prend une place de plus en plus importante dans ce domaine. Avec un centre hospitalier qualifié de moteur en la matière, une école d’ingénieurs précurseur, et les désormais incontournables universités d’été de la e-santé, le territoire compte faire prospérer ses atouts jusqu’à être identifié comme une véritable «Santé Valley». C’est en tout cas l’ambition affichée par Pascal Bugis. «La désertification médicale en milieu rural nous montre bien que nous avons tout intérêt à répondre à cette problématique par tous les moyens techniques qui se développent, justifie-t-il. Les entreprises qui travaillent dans ce domaine sont les bienvenues chez nous, nous avons encore des capacités pour les accueillir.»

La volonté de développer le tourisme

«C’est un projet qui est sur la table, indique Pascal Bugis. Notre fréquentation touristique n’est pas si anodine, mais il nous faut améliorer les choses. C’est une image d’Épinal de dire que Castres et Mazamet ne sont que des villes ouvriè-res. Nous sommes certes des cités économiques depuis le XIXe siècle, mais nous ne som-mes pas sans histoire. Notre patrimoine est significatif même s’il est mal mis en valeur à l’heure actuelle. Nous ne serons jamais au niveau d’Albi ou de Carcassonne, mais nous pouvons jouer un rôle de pivot entre les deux, à l’image de notre position géographique.»

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