Le Paysan Tarnais 07 juin 2018 à 08h00 | Par D. Monnery

Trop d'eau en ce mois de mai, une source d'inquiétudes pour tous les agriculteurs

Que d'eau ! Les précipitations inhabituellement fortes de ce printemps ne sont pas sans conséquences sur les cultures. Et le soleil ne semble pas décidé à vouloir chasser les nuages...

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 (© Le Paysan Tarnais) Des semis ont été emportés par la pluie, comme ici sur une parcelle de maïs semences à Cambon. © Le Paysan Tarnais Des grains de maïs semences ont été déracinés. © Le Paysan Tarnais

Annada de fen, annada de ren (année de foin année de rien), dit l'adage en occitan. L'année 2018 permettra-t-elle de le vérifier ? Il est évidemment trop tôt pour le dire, mais les fortes précipitations du mois de mai n'invitent pas à l'optimisme. Tour d'horizon de filières particulièrement exposées.

Maïs semences

«On est dans une configuration très compliquée au niveau de l'implantation, constate Emmanuel Boucher, conseiller maïs semences à la Chambre d'agriculture du Tarn. On enregistre un retard de dix à quinze jours sur les semis.» C'est d'autant plus préjudiciable que plusieurs passages sont nécessaires, pour séparer les semences mâles et les femelles. «Les semences n'ont pas la même précocité, rappelle le technicien. Il faut semer à un stade précis pour que le pollen mâle féconde les lignes femelles au bon moment. Or au moment propice, soit les semenciers ne peuvent pas entrer dans les parcelles, soit le lit de semences n'est pas de bonne qualité. On est donc contraint de faire des compromis, avec toutes les inquiétudes que cela implique sur les potentiels de rendement, alors que 2017 avait été la meilleure année depuis dix ans en la matière.» Le secteur du Ségala semble particulièrement exposé : «Du côté de Tanus, un tiers voire la moitié des agriculteurs n'ont pas pu débuter les semis, remarque Emmanuel Boucher. Or tous les semis doivent avoir débuté avant le 5 juin pour être assurés. Nous sommes en train de négocier des reports pour gagner dix à quinze jours.» Pour lui, ce cas de figure rappelle l'année 2013, où les parcelles également gorgées d'eau avaient rendu les semis très compliqués et tardifs.

Arboriculture

C'est peu dire que les arboriculteurs n'ont pas la pêche. Aux Vergers de Motdragon, Hélène Biscon a même le moral dans les chaussettes : «Je ne suis même pas encore allée dans les parcelles pour constater l'ampleur des dégâts, je ne me sens pas encore assez costaud pour le faire...» Entre la gadoue, la tavelure galopante et les coulures, la récolte de pommes s'annonce compliquée cette année. «On aura des fruits de gros calibre, ça c'est sûr, mais on n'en aura pas beaucoup», annonce, amère, l'arboricultrice.

Au Verger de Pascal Mazenc, à Gaillac, les cerises aussi ont fait les frais de cette eau tombée avec une abondance inhabituelle. «On n'a pas pu démarrer la saison le 20 mai comme prévu car les premières variétés de burlats ont été perdues, elles ont éclaté à cause du trop plein d'eau.» Résultat, la récolte qui se fait ici exclusivement en libre cueillette par le public, n'a démarré que le 1er juin, avec une dizaine de jours de retards. Les bigarreaux et autres belizes attendent désormais les cueilleurs, en espérant que le temps les incite à sortir.

Viticulture

L'épisode orageux de mercredi s'est traduit par un peu de grêle sur le vignoble de Cunac, mais heureusement «peu d'hectares ont été impactés», constate Thierry Massol, conseiller viticulture de la Chambre d'agriculture du Tarn. Plus problématique, la pression du mildiou, black-rot et botrytis risque de se faire très forte passés les sept à dix jours d'incubation après les épisodes pluvieux. Compliqué pour les viticulteurs qui ont travaillé les parcelles et qui doivent attendre un peu avant de pouvoir repasser... «C'est surtout compliqué pour les viticulteurs engagés en bio, souligne Thierry Massol, qui doivent intervenir au coup par coup après chaque pluie qui rince leur intervention.» Autre problématique, au stade du début de floraison (20 à 30 % des Gamay), on enregistre d'importants phénomènes de coulure qui se répercuteront forcément sur le volume de récolte qui laissait pourtant entrevoir «un joli potentiel», regrette le conseiller.

D. Monnery

 

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